Comment jouer par coeur

À propos de l'auteur : Stefan Joubert

Stefan Joubert est le directeur de l'Institut de Musique de Paris. Passionné par l'éducation musicale pour adultes, il croit qu'il n'est jamais trop tard pour commencer à apprendre un instrument de musique.

Dans l’Antiquité, les traités d’anatomie considéraient le coeur comme le siège des émotions, des passions, de la volonté, du courage, mais aussi de la pensée, de l’intelligence et de la mémoire. A partir du XIII ème siècle, on apprenait et on savait « par coeur ». L’expression a traversé les siècles même si on sait depuis une époque récente que la mémoire est une affaire de cerveau et non de coeur.

Piano et violon

Jouer par coeur peut être très stressant pour beaucoup de musiciens, mais cela procure tellement de plaisir (une fois la peur affrontée) de pouvoir se détacher de la partition et s’immerger entièrement dans la musique que l’on joue. Historiquement, les musiciens qui jouaient en concert ne jouaient pas ou très peu par coeur à part les chanteurs d’opéra qui devaient se sentir libres de leurs mouvements afin d’incarner leur personnage.

Les concerts pouvaient durer trois ou quatre heures en faisant intervenir de nombreux musiciens les uns à la suite des autres. C’est au début du XIX ème siècle, avec l’arrivée du piano moderne que le récital de piano est devenu à lui seul un format de concert très en vogue.

La première pianiste qui jouera par coeur lors d’un récital est Clara Schumann en interprétant la sonate Appassionata de Ludwig van Beethoven, mais elle fut durement critiquée par cette « audace ». « Quelle prétention de s’assoir au piano et jouer sans la partition ! » Bettina von Arnim (amie de Ludwig van Beethoven qui sort de ce fameux récital). Franz Liszt prend la suite et interprètera également des récitals par coeur.

Piano et flûte avec partition

Voici quelques conseils qui pourraient vous aider à apprendre un morceau par coeur :

  • Apprendre les doigtés, les nuances et connaître la pièce sur le bout des doigts.
  • Analyser la structure de la pièce.
  • Utiliser sa mémoire photographique ou tactile.
  • S’entraîner.

1. La première étape par laquelle il faut passer est l’apprentissage de la pièce. Soyez sûr de vos doigtés, des nuances, des indications tels les accents, les traits, les changements de tempo… Ce premier travail peut prendre beaucoup de temps suivant vos disponibilités pour vous exercer. Ne passez surtout pas trop vite cette étape primordiale. Un morceau qui n’est pas suffisamment su peut engendrer des hésitations, ce qui n’arrangera pas l’exécution sans partition. Pour les pianistes, veuillez apprendre séparément la partie de chaque main. La partie mélodique avec la main droite et la partie rythmique avec la main gauche.

2. Analysez la structure de la pièce en cherchant la tonalité du début et les modulations éventuelles. Par exemple, le morceau peut commencer en do Majeur, passer en sol Majeur puis en la mineur avant de revenir en do Majeur. Cherchez dans la partition, les différentes parties comme l’exposition, le développement et la ré-exposition qui diffère légèrement de l’exposition. Vous obtiendrez donc normalement trois parties qui pourront être divisées en plusieurs phrases. Travaillez chaque sous-partie séparément. Une fois que vous êtes satisfait de votre travail, commencez à essayer de retenir la première phrase, puis la deuxième et ainsi de suite. Imaginez que ce sont de courtes chansons. Pour la plupart des gens, la mélodie est l’élément le plus facile à mémoriser. Puis essayer d’enchaîner ces courtes phrases en prenant garde à bien maîtriser les transitions entre chaque partie, sinon c’est là que vous risqueriez de faire des erreurs.

3. La mémoire photographique, eidétique ou absolue fait partie de l’un des différents types de mémoires. C’est lorsqu’après avoir visionné la « page », le musicien est capable de maintenir dans sa tête l’image mentale comme imprimée. Un exemple célèbre est le grand chef d’orchestre Lorin Maazel. Certains ont également une mémoire visuelle sans qu’elle soit photographique. La personne retient les tournes de pages et développe des repères « géographiques » au point d’être déstabilisé à la lecture d’une autre édition de la même oeuvre. Il existe la mémoire « tactile » aussi appelée mémoire « kinesthésique » en lien avec les sensations du contact cutané. Cette méthode est très intéressante pour les musiciens (doigts sur le manche, sur les cordes…) Essayez de fermer les yeux et jouer votre morceau par coeur, vous pourrez observer d’autant plus les sensations du toucher, vous percevrez encore plus les sons et serez plus concentré.

4. N’hésitez pas à vous entraîner à enchaîner le morceau par coeur plusieurs fois par jour. Si vous n’avez pas la possibilité de jouer de votre instrument, faites une photo de votre partition avec votre téléphone. Vous pourrez, lorsque vous êtes dans les transports en commun, dans une salle d’attente ou tout simplement dans votre lit, vérifier ce qui vous échappe lorsque vous essayez de chanter la pièce sans partition.

Musiciens jouant du violon et du violoncelle

Sinon :

Etape 1 – posez la partition un peu plus loin de vous lors de votre séance de travail, vous garderez un léger point de repère en cas de besoin.

Etape 2 – supprimez totalement la partition. Vous ferez des erreurs au début mais ce n’est absolument pas grave.

Etape 3 – enregistrez vous afin de pouvoir repérer les endroits fragiles.

Lors du concert, LACHEZ PRISE ! Et faites vous confiance. L’ennemi numéro un du lâcher prise est la peur, dans ce le trac l’emporte. Tout le monde le connaît ce trac, mais qu’est-ce donc ?

« Le trac : peur ou angoisse irraisonnée que quelqu’un éprouve au moment de paraître en public, de subir une épreuve, d’exécuter un exercice dangereux… » Le déclencheur est le public qui est ressenti comme un agresseur potentiel, réel ou supposé.

Quels sont les symptômes ? Des maux d’estomac, la transpiration, des contractions musculaires, des vomissements, des problèmes de digestion, une gorge nouée…

Entraînez-vous à avoir le trac, soit en « rodant » votre morceau devant quelques amis ou juste une personne ou tout simplement (ce qui est un peu plus compliqué) en vous imaginant être face au public lors de l’exécution de la pièce en entier seul chez vous.

Il existe de nombreuses méthodes dédiées à surmonter le trac (que je partagerai lors d’un prochain article consacré au trac des musiciens) : La méthode Alexander, le yoga, la cohérence cardiaque, la méditation…

Qui vous demande de jouer par coeur ? Est-ce si important ? Que cela peut il changer ? Est-ce trop angoissant pour vous ? Sviatoslav Richter jouait avec partition, Arthur Schnabel avait de vrais problèmes de mémoire…

Quel changement y a-t-il pour le public d’assister à un concert où le musicien joue avec la partition ?

Est-ce que l’on demande aux musiciens d’orchestre de jouer sans la partition ?

Les grands concours, comme le système de l’éducation musicale restent attachés à la performance « par coeur ».

POURQUOI ?

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