17 m², un saxophone et des lettres d’excuses aux voisins : la vérité et la poésie d’une adulte qui étudie la musique à Paris

À propos de l'auteur : So Wai

So Wai, professeure de saxophone à l'Institut de Musique de Paris, originaire de Hong Kong, poursuit sa formation au Conservatoire de Cergy après une Licence en Arts et Musique.

On imagine souvent que venir étudier la musique à Paris ressemble à une scène de cinéma, le soleil sur la Seine, l’odeur du café, les notes de saxophone portées par le vent.

Mais lorsque je suis arrivée en 2021 pour y apprendre le saxophone, la réalité s’est révélée tout autre.

Je vivais dans une chambre de 17 m² au cœur d’un vieil immeuble parisien, sans isolation, avec des voisins si proches que le moindre son traversait les murs.

Chaque séance de pratique se terminait par un coup frappé à ma porte : « Excusez-moi… c’est un peu fort. » J’ai écrit des lettres d’excuses, acheté un practice mute, et traversé Paris pour trouver une salle de répétition disponible. 

Rien n’était simple. 

Et pourtant, je continuais à jouer, chaque jour. 

Parce qu’à l’âge adulte, apprendre la musique n’est ni un caprice ni un rêve naïf : c’est un choix assumé, exigeant et profondément personnel. 

Cet article s’adresse à tous ceux qui croient qu’il est « trop tard » pour se lancer. Car même au milieu des contraintes d’une grande ville et des incertitudes de la vie adulte, il est encore possible de commencer, de progresser… et de se réinventer à travers la musique. 

Un professeur souriant enseignant à ses élèves en salle de classe

Dans la salle de cours, moi et mes camarades de… douze ans

Étudier la musique à Paris réserve parfois des surprises inattendues. 

Je m’en souviens très bien, le jour où je suis entrée pour la première fois dans la salle de cours de formation musicale, j’ai levé les yeux et découvert autour de moi… une classe de petits élèves d’une dizaine d’années. 

J’avais 26 ans. 

Eux, 12 ans. 

Ils frappaient des rythmes, chantaient des gammes, faisaient des dictées musicales, toutes ces bases que l’on est censé acquérir dès l’enfance, et que je devais, moi, recommencer à zéro. 

Au début, j’étais gênée. J’avais l’impression de ne rien connaître, de tout apprendre trop tard. 

Puis, peu à peu, j’ai réalisé que je n’avais aucune raison d’avoir honte. 

Je n’avais jamais reçu ce type d’éducation musicale auparavant, ne pas savoir, c’était normal. 

Mais choisir d’apprendre, ça, c’était ma force. 

Alors j’ai commencé à travailler plus sérieusement que jamais. 

Avant chaque cours, je recherchais les termes musicaux en français pour comprendre plus vite ce que le professeur disait. 

Moi qui, dans le système scolaire asiatique, n’osais jamais lever la main, ici, j’ai appris à être courageuse : poser des questions, avouer que je ne comprends pas, demander qu’on répète. 

Un jour, le professeur a demandé à chaque élève de se lever à tour de rôle pour chanter une chanson. 

Et moi, je devais chanter, en français, un morceau que je venais tout juste d’apprendre lors de ma première année. 

Pour moi, ce n’était pas seulement un exercice d’intonation ou de rythme, c’était un défi de langue, de voix, et surtout… de confiance. 

Je me rappelle encore mon cœur battant trop vite, mais je me suis levée, j’ai respiré, et j’ai chanté la chanson jusqu’au bout. 

À la fin, le professeur m’a regardée avec un sourire et m’a dit doucement, 

« C’était très bien. » 

À cet instant, j’ai compris quelque chose d’essentiel,

Le courage, ce n’est pas savoir tout faire. 

C’est accepter ce qu’on ignore et avancer quand même, devant tout le monde. 

Dans cette salle, je n’étais pas la plus jeune, mais j’étais probablement celle qui savait le mieux pourquoi elle était là. 

Et cette certitude rend l’apprentissage adulte non seulement plus solide, mais aussi infiniment plus libre. 

Une jeune femme tirant une valise dans la rue

Quand ma famille ne me soutenait pas, j’ai tout de même choisi ce chemin

Avant de partir étudier la musique à l’étranger, je n’ai jamais reçu le soutien de ma famille. 

Non pas parce qu’ils ne m’aimaient pas, mais parce qu’en grandissant à Hong Kong, nous savons bien ce que signifie « la stabilité ». 

Un emploi fixe, un salaire régulier, une vie prévisible, dans notre culture, ces choses-là semblent presque plus importantes que les rêves. 

Alors, lorsque j’ai annoncé que je voulais partir en France pour étudier la musique, beaucoup ont pensé que j’avais perdu la tête. 

Pas de milieu artistique, pas d’éducation musicale dans l’enfance, pas de sécurité financière, comment cela pouvait-il fonctionner ? 

Je n’ai pas répondu. 

J’ai simplement demandé des bourses, économisé, travaillé… et continué à pratiquer.

Finalement, c’est par mes propres moyens que je suis arrivée à Paris. 

Et c’est ici que j’ai compris, la vie à l’étranger n’a rien de la stabilité de Hong Kong. 

Pas de famille, pas de filet de sécurité, pas de quotidien « tout tracé ». 

Mais en échange, mon horizon s’est ouvert. 

J’ai vu d’autres façons d’apprendre, de vivre, de penser ,des façons que je n’aurais jamais pu imaginer si j’étais restée au même endroit. 

Avec le temps, j’ai réalisé ceci, si j’avais choisi la sécurité, mon monde serait resté aussi petit que ma peur. 

Je n’aurais jamais su que je pouvais aller plus loin. 

Et, d’une certaine manière, beaucoup d’adultes se trouvent dans la même situation. 

Vous avez peut-être un emploi stable, une routine bien installée, et pourtant, idée revient : 

« Et si j’apprenais quelque chose de nouveau ? » 

« Et si je commençais enfin le saxophone ? » 

On hésite, 

« Ai-je encore le temps ? » 

« Suis-je trop vieux ? » 

« Et si j’échoue ? » 

Pourtant, franchir cette première étape ne sert pas seulement à apprendre une compétence. 

Cela vous mène surtout là où vous n’êtes jamais allé. 

Dans mon propre parcours, la musique m’a appris bien plus que la technique, 

la patience, parce qu’il faut parfois des centaines d’essais pour que le son se pose ; la persévérance, parce que le progrès n’est jamais linéaire ;

l’acceptation, celle de ses limites, de son rythme, de son chemin. 

Et pour les personnes plus réservées, un instrument devient un espace intime où l’on peut enfin s’exprimer. 

Peu à peu, le saxophone devient un compagnon fidèle, 

il chante quand vous êtes heureux, 

il murmure lorsque vous êtes triste, 

et surtout, il ne vous abandonne jamais. 

Alors, lorsque je me retrouve dans un studio parisien en train de jouer, je comprends quelque chose d’essentiel, devenir adulte ne signifie pas renoncer à apprendre, cela signifie choisir ce que l’on veut vraiment apprendre. 

J’ai choisi Paris. J’ai choisi l’incertitude. Mais j’ai aussi choisi… de ne pas regretter. 

Une jeune femme lisant face à la tour Eiffel, symbole d’apprentissage et d’inspiration

Conclusion : Apprendre la musique n’est pas fait pour devenir un génie, mais pour devenir soi-même

Je n’ai jamais monté sur scène à dix ans, et je ne suis pas née prodige. 

Mais j’ai eu le courage, à vingt ans, de quitter seule la zone de confort où j’avais vécu pendant vingt ans, sans soutien financier, sans soutien moral, et sans aucune garantie. 

Et ce choix, à lui seul, a suffi pour transformer ma vie. 

Depuis que je suis arrivée à Paris, je n’ai pas suivi la route que la société considère comme un « succès ». 

Je n’ai gagné aucun grand prix, je n’ai pas intégré une école prestigieuse, et je n’ai pas un avenir parfaitement tracé devant moi. 

À 26 ans, un âge où l’on devrait « se stabiliser » selon les attentes traditionnelles, j’ai choisi l’inverse : une route incertaine, exigeante, mais profondément mienne. Pourtant, je n’ai jamais regretté. 

Aujourd’hui, je vis grâce à ce que j’aime vraiment, la musique, et cette aventure à dix mille kilomètres de Hong Kong m’a offert des horizons bien plus vastes que tout ce que j’aurais pu imaginer, des rencontres, des cultures, des possibilités, et surtout, une version de moi-même plus courageuse, plus lucide, plus libre. 

Aux yeux des autres, je ne suis peut-être pas un exemple classique de réussite. 

Mais pour moi, je suis enfin en train de devenir la personne que j’ai toujours voulu être : authentique, autonome, et passionnée. 

Alors j’aimerais dire à tous ceux qui hésitent encore, si vous ressentez ne serait-ce qu’un tout petit désir d’apprendre la musique, d’essayer le saxophone, ne l’étouffez pas. 

Vous recevrez bien plus que ce que vous imaginez. 

Vous verrez un monde plus large que celui que vous connaissez aujourd’hui. 

Même si, au final, ce n’est pas un « succès » selon les normes de la société, ce sera tout de même quelque chose de précieux, de beau. 

Parce qu’apprendre la musique à l’âge adulte, ce n’est pas chercher la perfection, c’est offrir à sa vie un espace d’amour, de liberté et d’absence de regret. 

À Paris, les chambres peuvent faire 17 m² —

mais les rêves, eux, n’ont jamais de plafond. 

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